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extraits de texte :

Des plans grandioses : « L’empereur français pensait que la France avait tout à gagner à aider ce pays et y conserver une influence : faire un contrepoids politique aux Etats-Unis et miser sur son développement ; le Mexique était riche en ressources minières et vastes espaces cultivables…

« L’ennemi est partout, fluide et composé de cavaliers, braves et déterminés, qui ont l’avantage du nombre et une meilleure résistance aux maladies, ce qui manque terriblement aux français. Il y a aussi des troupes de guérilleros, parfois alliés aux troupes mexicaines, parfois œuvrant pour eux-mêmes. »

 

Lettres à son épouse : « sans cesse sur mon cheval je rêve de ma femme, mon Hortense, ma Marie et ma mignonnette Jeanne ; je vous vois, je cause avec vous » «nous n’avons rien dans ce pays qui vaille la France ; convenances, mœurs, savoir vivre, la société est différente ; aucun officier n’est marié avec une mexicaine, les épouseurs, en grand nombre dans l’armée, ne désirent point contracter alliance avec des personnes si peu faites à nos usages »

« Mes cheveux blanchissent, les fatigues que moi et mes troupes éprouvons sont pénibles et je ne trouve point comme les rossards qui en fait de feu au Mexique n'ont vu que celui de la cuisine, que ce pays est beau et qu'on peut s'y amuser »

« Si j’étais venu au monde avec 25 ou 50 mille livres de rente, je serais près de ma femme et mes enfants ; hélas tout le monde n’est point dans l’obligation d’exposer son existence pour avoir le nécessaire pour sa famille »

 

Images :en haut à g : un convoi de lourds chariots avançant difficilement sur les pistes de montagne

à dr: imagerie de l'épisode de Camerone: le dernier assaut

en bas à g : l'empereur Maximilien de Habsbourg

à dr: vue d'époque de la ville de Mexico construite entre des collines sur un ancien lac asséché

 

 

le colonel Péan, au sein de la Garde, découpe son drapeau et le distribue

Cercle d'Histoire de Servon

DECOUVREZ LA MEMOIRE DU VILLAGE

vient de paraitre :

le général Jeanningros, l'aventure d'un siècle

 

La France du 19e siècle, aux conceptions différentes des nôtres, a connu de nombreuses «guerres» ou expéditions. Jeanningros, soldat engagé à 18 ans y participe et parvient 30 ans plus tard au grade de général. Parmi les épisodes, la mission confiée au capitaine Danjou au Mexique, qui voit le fait d’armes de Camerone, et le sauvetage de drapeaux à Metz en 1870. Dans ses activités de retraite, les bataillons scolaires et la Société des Vétérans, oubliés. Le récit est enrichi de témoignages et précisions replaçant les faits dans leurs contextes.

 

Montée en grade en Algérie

Né en 1816 à Besançon, Pierre Jeanningros est fils d’un sous-officier de la Grande Armée de Napoléon, demi-solde en 1815, réintégré en 1830, envoyé en Algérie en 1832. Les états de service de Jeanningros fils suivent la conquête du territoire et il participe à de nombreux épisodes connus ; il passe 18 ans chez les zouaves et côtoie la Légion. Le récit décrit le pays, son évolution, la vie des soldats et des anecdotes et témoignages. Capitaine en 1847, Jeanningros fut commandé en Algérie par nombre d’officiers réputés de la Restauration et du Second Empire.

images: alger la ville descendant vers la mer; constantine sur son rocher

 

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Extraits : A Constantine, le médecin est amer : «la guerre ! Pourquoi n’en relate-t-on pas les calamités pour que les peuples sachent combien elles sont désastreuses ; mais tous ne les décrivent que pour glorifier les batailles et le vainqueur ; même le vaincu trouve un fait de courage pour oublier la défaite»…

 

Le lion de l’atlas (légende arabe) : « quand un homme seul croise le «seigneur à grosse tête », s’il est courageux il doit lui parler : « ah c’est toi sidi Johan, je ne te crains pas, je suis untel, aussi noble et brave que toi ...»

 

Le marché : « dès le lever du soleil on voit arriver de tous côtés Arabes et Kabyles venant s’accroupir pour vendre denrées et produits artisanaux .. .après les transactions, ils discutent des nouvelles, état des récoltes, actes de l’autorité, disputes entre tribus, rébellions … »

 

La fiancée : « Se promener en ville avec Clara : un parcours qui régale pour les mille objets des boutiques, la beauté des parcs et jardins, les senteurs de la ville : café grillé, jasmin, fleurs d’oranger, merguez cuisant sur les canouns»…

 

de la chaleur au froid : en Crimée

En 1854 Jeanningros chef de bataillon rejoint l’expédition franco-anglaise de Crimée contre la Russie. Au siège de Sébastopol, la vie des troupes est dure sous les rigueurs de l'hiver et tous souffrent, entre combats, tirs d'artillerie et attente. En septembre 1855 l’assaut de Mac Mahon sur la tour Malakoff réussit et les russes abandonnent la ville. La France et son empereur tireront de cette guerre un grand profit diplomatique en Europe.

Extraits :

« La Crimée, à la latitude de la Provence, passe pour une contrée riante ou les nobles russes avaient des châteaux de plaisance ; mais au sud le plateau de Chersonèse est semi désertique, constamment battu par un vent glacial… »

Le service de tranchée : « 24 heures de service, trempé en cas de pluie, raide de froid s’il gèle ; il fallait réparer les chemins défoncés, chercher les vivres, l’eau, le bois, les projectiles pour les batteries d’artillerie; travailler aux sapes, être de garde aux postes, fabriquer des «gabions» pour amortir les balles et les éclats ; une fois par semaine on avait une nuit entière sous la tente»

 

Sébastopol ville martyre : «la canonnade tonne avec fureur : ce n’est plus l’air qui rafraichit la poitrine, c’est le feu et la fumée qui la brûlent, ce n’est plus la rosée qui baigne la terre, c’est le sang ; cet espace rougeâtre était la ville en feu; ces globes de feu étaient des bombes et des fusées ; durant 3 jours et nuits Sébastopol se débattit dans l’agonie comme un aigle blessé » (extrait de Tostoï)

 

Une dramatique obéissance

En congé en 1856 en Algérie il veut se marier mais l’autorisation lui est refusée car la fiancée a des enfants, pourtant les siens, reconnus mais hors mariage ; ce ne sont pas les premiers. Revenu en France il épouse l’année suivante la nièce d’un compagnon d’armes ; il auront 6 enfants.

 

Jeanningros en Italie

Napoléon III aide les Italiens à réaliser leur unité politique, intervenant dans leur conflit avec l’Autriche qui contrôle la Lombardie. La campagne aura lieu de mai à août 1859 marquée par deux batailles célèbres : Magenta et Solferino. Jeanningros n’y a pas été présent. Les pertes considérables et les terribles souffrances des soldats, notamment à Solferino, déclencheront la vocation d’un certain Henry Dunant qui fondera la Croix Rouge Internationale à Genève en 1864.

 

 

à g : mariage refusé en Algérie mais enfant reconnu : Charles, émigré en Argentine, a des descendants

à dr : Joseph, frère du général, sera sous- préfet à Mascara

 

à g: timbre émis pour les anniversaires de Solferino et de la création de la Croix Rouge à Genève en 1864, une convention entre 14 pays établissant l'idéee d'une neutralité medicale et humaniste, et la neutralité des services de santé

au milieu : image conventionnelle de la bataille de Solferino : à cheval l'empereur français Napoléon III, au fond la celèbre tour de la ville (assiette Creil Montereau)

à droite : portrait de Henry Dunant

extrait de " un souvenir de Solferino» de H. Dunant publié en 1862 :«les routes, les ravins, les buissons, et fossés sont parsemés de corps morts ; on rencontre des mares de sang ; les champs sont ravagés, les haies renversées, les vergers saccagés, le sol est jonché d’objets d’équipement ; les malheureux blessés qu’on relève sont pâles, livides, anéantis…

Jeanningros à la Légion et au Mexique

En 1862, Jeanningros, colonel, revient en Algérie commander le Régiment étranger ; en 1863 ils sont envoyés au Mexique rejoindre l’expédition engagée par Napoléon III. La tâche est la surveillance des convois, dont une mission pour la 3e compagnie confiée au capitaine Danjou et le fait d’armes de Camerone le 30 avril 1863.

Les combats continuent difficilement pendant 4 ans dans cet empire créé pour Maximilien d’Autriche. Jeanningros écrit de nombreuses lettres à sa femme, qui expriment les émotions du guerrier en pays hostile et beaucoup d’opinions négatives. En 1866 l’abandon du soutien français et le retrait des troupes françaises entrainent la chute de Maximilien qui sera exécuté. Cette campagne peu justifiée est un échec. Mais Jeanningros reste honoré par la Légion qui fait de Camerone sa fête principale.

 

La guerre de 1870-71

Jeanningros, devenu général de brigade dans la Garde Impériale, est engagé contre la Prusse autour de Metz aux combats de Borny, Gravelotte et Saint Privas puis ils sont repliés dans la ville assiégée. L’autre armée, avec Mac Mahon, est battue à Sedan et l'empereur est capturé ; puis la République est proclamée. A Metz l’armée du Rhin voit s’épuiser les vivres et l’impensable se produit le 28 octobre : Bazaine capitule et livre la place. La remise des drapeaux à l’ennemi est un traumatisme national- mais quelques unités les ont détruits à temps, dont la brigade Jeanningros, ce qui lui vaudra un prestige immense. Il sera prisonnier 6 mois en Allemagne. La guerre se poursuit avec le siège et la chute de Paris puis la défaite.

 

 

La retraite, la gloire, l’oubli.

Le général en retraite à Servon devient en 1882 inspecteur des «bataillons scolaires » qui doivent donner aux écoliers des notions de sport, discipline, manœuvre et tir, pour préparer la revanche et la reprise des provinces de l’est. Chants et défilés ravissent les foules mais le mouvement s’essouffle et cesse après dix ans.

Jeanningros sera président d’honneur de la «Société Nationale des Vétérans des armées de terre et mer», caisse de retraite volontaire et mouvement patriotique puissant fondé en 1893 qui entretient le souvenir par des meetings et banquets et publie la revue «le Vétéran».

Il décède en 1902 et repose à Servon. Une statue est inaugurée en 1909 à Besançon lors de fêtes grandioses. Son nom sera longtemps dans le «Larousse ». Puis c’est l’oubli, et d’autres guerres. La statue est fondue en 1942 sous l’occupation allemande.

 

Le souvenir et la fidélité

L’ancien légionnaire Michel Cerrachio découvre la maison et la tombe à Servon. L’AALE finance en 1986 la pose d’une plaque commémorative sur la maison et la commune baptise la rue du nom du général : une belle cérémonie avec la venue du drapeau du 1er Régiment Etranger.

Parfois des cérémonies de la Légion ont lieu sur la tombe ; le centenaire de son décès est fêté, puis pour le bicentenaire de sa naissance est publiée sa biographie, aventure humaine et fresque historique de son siècle

 

 

drapeaux livrés à l'ennemi (souvenirs du général du Barail)

«ils étaient là, sous nos yeux, dans la splendeur de leurs trois couleurs et sous le rayonnement de leurs aigles d’or, ces témoins des gloires passées et de la déchéance actuelle, ces emblèmes de l’honneur, ces êtres presque vivants, que le soldat français entoure d’une sorte de tendresse filiale, et pour lesquels tant de braves gens ont sacrifié leurs vies »…

 

Au village de Servon : ferme Charpentier, la maison de maitre : une bien triste affaire

 

Servon se définit encore comme un village, au plaisir de nombre de ses habitants- pour combien de temps ?

sur ses deux grandes ferme ancestrales, l'une la ferme de l'Orme, a été réhabilitée et transformée, reconvertie en mairie et salles d'activités, l'autre la ferme Bombon ou Charpentier, a été vouée à l'urbanisation avec detruction totale de la maison de maitre en bon état... malgré une désapprobation populaire non negligeable.

cette maison typique était un élément structurant du paysage du centre villageois dans la rue la plus ancienne : continuité bâtie,"dernière ferme" à valeur symbolique, rempart contre "la ville" tentaculaire francilienne aux paysages trop urbains embouteillés et pollués ; le soir, le we, on revient encore à Servon dans un havre de paix... pour combien de temps face à la course à la modernité et la densification ?

A coté de hangars vétustes et remplaçables, la maison était techniquement réhabilitable (bureau de contrôle Veritas)... mais les architectes font leur "legos" en faisant table rase... et la commune n'a pas demandé la préservation

Le Cercle d'Histoire s'occupant naturellement de patrimoine, a tenté une démarche et fait des propositions... ses membres ont été cordialement reçus, mais sans résultat : que peuvent des bénévoles face aux appétits et volontés de pouvoir de toute sorte ? la démolition est restée une volonté étonnament affirmée ; une "faute" devant la postérité ; les travaux vont bientôt s'achever et chacun peut maintenant juger du résultat : le " coeur brisé" de Servon !